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21 septembre 2021

INTERVIEW – Patrick Gonfalone : « Sélectionneur en jeunes, une position noble et riche »

« Le Tournoi ? Oh oui, je m’en rappelle… ». Lorsque nous avons contacté Patrick Gonfalone pour lui parler du Tournoi Maurice Revello, les souvenirs ont immédiatement refait surface et, sourire aux lèvres, il n’a pas hésité une seule seconde. Celui qui dans sa carrière a dirigé toutes les catégories des équipes de France des U16 aux Espoirs est un fidèle du Tournoi. Que ce soit comme adjoint ou comme numéro un, il a pris part à notre compétition près d’une dizaine de fois. Victorieux aux côtés de Raymond Domenech et René Girard notamment, il a aussi été finaliste lorsqu’il était en première ligne. Aujourd’hui « en stand-by » après un passage à la tête de l’équipe espoirs de Chine, Gonfalone revient sur ses différents passages au Tournoi Maurice Revello. Ses souvenirs, sa méthode, sa vision sur le football de jeunes et les nouvelles générations, mais aussi sur l’évolution de son métier, l’entraîneur de 65 ans n’élude aucun sujet et parle avec passion.

Patrick, quels souvenirs vous évoque le Tournoi Maurice Revello ?

J’en ai fait beaucoup donc il y a pas mal de souvenirs ! On a vu de belles générations passer et pour lesquelles on a eu des internationaux A par la suite. Mais ce que cela m’évoque surtout, c’est que c’est un tournoi international de référence et de haut niveau. Franchement, c’était un rendez-vous de grande valeur pour nous car ça réunissait le gratin du football international et surtout des footballs différents, ce qui était valorisant et intéressant. On forme des joueurs qui sont habitués à un certain football et souvent, lorsqu’ils en rencontrent un autre, ils sont bousculés dans leurs habitudes. Ils sont surpris, parfois déboussolés et même un peu perdus. Les réponses en face ne sont pas les mêmes qu’habituellement, et c’est extrêmement riche d’affronter cela car face à un autre football, vous êtes désarçonnés.

En 2005, vous êtes l’adjoint de René Girard lorsque vous remportez le Tournoi. Dans l’équipe figuraient des joueurs comme Steve Mandanda, Mathieu Debuchy ou encore Lassana Diarra. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Il y avait un super groupe et un milieu de terrain extraordinaire. Certains ont gravi les échelons. Je me souviens très bien, on avait découvert des joueurs peu connus à l’époque, comme Lassana Diarra qui débutait à peine. Beaucoup étaient des joueurs en devenir et quand on voit leur carrière maintenant, on se dit que le Tournoi les a valorisés. C’était un virage pour eux, un étalonnage important et ça les a boostés aussi de briller au niveau international.


L'équipe de France lors du Tournoi 2005, composée notamment de Steve Mandanda, Lassana Diarra et Mathieu Debuchy

Être l’adjoint de René Girard, qu’est-ce que cela implique en termes de travail, de responsabilités ?

Avec le coach, on est partie prenante sur la formation et l’évaluation des joueurs, les conseils qu’on leur donne. On est sur le même projet de formation et sur le projet des équipes de France car derrière ce tournoi, il y a souvent des matches de qualification pour les championnats d’Europe par exemple. On forme les jeunes pour l’étage au-dessus, on est en étroite collaboration. La plupart des joueurs sont dans des virages importants, ils sont parfois confirmés en Ligue 1 ou ailleurs et parfois non. C’est un carrefour où les coachs se positionnent en vrais formateurs et conseillers.


Patrick Gonfalone et René Girard après la victoire de la France lors du Tournoi Maurice Revello 2005

« On a envie de mettre les joueurs face à la difficulté »


En 2010, vous êtes cette fois numéro 1
. Battue par le Danemark en demi-finale, la France termine finalement 3e du Tournoi… Younes Belhanda, Yacine Brahimi, Morgan Schneiderlin ou encore Mathieu Dossevi faisaient partie du groupe…

Cette année-là, on avait fait le choix de scinder le groupe Espoirs en deux. Une partie était allée faire un tournoi aux Etats-Unis avec Erik Mombaerts, et moi, j’avais le reste de ce groupe élargi pour participer au Tournoi Maurice Revello. Je me souviens d’une bonne compétition de notre part, avec de belles performances de Younes Belhanda et Morgan Schneiderlin.

En 2016, vous échouez cette fois en finale face à l’Angleterre de Gareth Southgate et Jack Grealish entre autres. Cette défaite est d’ailleurs la seule que vous subissez durant le Tournoi.

Je m’en souviens très bien car on préparait l’Euro espoirs, et on était venu avec une équipe mixte entre U21 et U20, et de son côté l’Angleterre était présente avec les U23. Cette année, on a rencontré l’élite des espoirs anglais, on avait souffert en finale mais on avait fait un bon Tournoi, on avait fait très bonne impression. Face à nous, toutes les équipes étaient plus matures car on était les plus jeunes du Tournoi. Et derrière, ce groupe a évolué. Quand on vient au Tournoi, c’est souvent pour préparer un Euro, et quand ce n’est pas le cas, on est alors en fin de détection sur une génération et on se positionne avec un groupe intéressant pour les années suivantes. C’est ce qui en fait un tournoi charnière.


Patrick Gonfalone et son staff lors du Tournoi Maurice Revello 2010

Justement, la formation d’un groupe pour un événement, est-ce l’objectif central du sélectionneur quand il se rend à un Tournoi tel que le Tournoi Maurice Revello ?

Comme ce Tournoi est une sorte de préparation, on a envie de mettre les joueurs en difficulté, car on sait que c’est à travers cela qu’ils vont s’enrichir individuellement et collectivement. C’est pourquoi le Tournoi tombe à point nommé pour nous, car ça nous permet de confronter les joueurs à des situations nouvelles et compliquées, ça nous oblige à aller chercher autre chose. Cette préparation est très riche pour les entraîneurs et les joueurs. Quand vous tombez sur le Brésil, c’est dur et ça joue différemment de l’Europe, pareil pour les équipes africaines ou scandinaves. Et à chaque rencontre comme celles-ci, on oppose nos cultures et il faut savoir répondre collectivement. Affronter le Brésil, la Colombie ou d’autres sélections sud-américaines qui aiment garder le ballon, faire tourner, c’est dur et c’est différent des sélections africaines qui vont proposer autre chose physiquement et tactiquement. Tout ça va vite et il faut savoir s’adapter.

Lors d’un Tournoi comme celui-ci, sans la pression du résultat et qui plus est en fin de saison, où place-t-on le curseur entre travail, récupération, plaisir… ?

Ce que je dis toujours, c’est qu’il n’y a pas de matchs amicaux ou sans enjeux. Ce sont des matchs internationaux, c’est un tournoi de préparation et de référence. Cela constitue un virage pour les joueurs. Si on prépare ces matchs en manquant de sérieux, ce n’est pas la bonne porte d’entrée. Jouer des matches internationaux et représenter l’équipe de France, ce n’est pas la petite balade de santé de fin de saison. C’est pourquoi je ne parlais jamais du Tournoi Maurice Revello comme d’un tournoi amical. Il y a aussi un titre au bout, remporter le Tournoi, c’est un trophée qui compte. Surtout que ceux qui le gagnent en général, ce ne sont pas du tout de mauvaises équipes, bien au contraire.


Patrick Gonfalone donne ses consignes lors du Tournoi Maurice Revello 2016

« Continuer à former de très bons joueurs, mais qui restent dans l’esprit de l’équipe »


Quand on est à la tête de ces catégories d’âge, avec des joueurs aux portes des professionnels mais pas encore totalement installés, est-on encore un éducateur, ou a-t-on déjà la casquette d’un sélectionneur ou d’un coach ?

On a plusieurs casquettes, c’est vrai. On a forcément celle du formateur car on est face à des joueurs en devenir, qui ont besoin de conseils et de travailler. Mais en même temps, on est compétiteur et donc on a la volonté de faire des performances et de gagner. Le sélectionneur est là pour prendre les meilleurs du moment et les faire gagner. Mais c’est accompagné de conseils et de la volonté de faire grandir les joueurs. Certains sont en avance et prêts, d’autres pas tout à fait. On travaille en même temps la performance, la technique, la tactique, le mental aussi car il faut se mettre dans une approche psychologique pour des matchs de haut niveau. On a cette double ou triple casquette, c’est noble et riche comme position. Alors que lorsqu’on est en club, c’est le résultat qui prime. Mais on a toujours une âme de formateur en nous.

Avez-vous observé au fil des années une évolution des mentalités chez les jeunes joueurs ?

Oui, ça a changé, mais ça ne date pas d’hier. Je pense qu’en France, on est réputé pour être l’une des meilleures nations au monde sur la formation. Pour preuve, on est celle qui a le plus de joueurs expatriés, notamment en Europe. Mais on a aussi le côté sombre de cette notoriété, où on a l’impression qu’on forme plus des individualités et de l’individualisme que quelquefois des joueurs d’équipe, et il faut qu’on fasse attention. Il faut continuer à former de très bons joueurs, mais qui restent dans l’esprit de l’équipe car c’est fondamental. Cela peut pencher du mauvais côté si on n’y prend pas garde. Il suffit qu’on s’endorme un petit peu, on se croit les meilleurs et puis on prend une claque. On doit toujours veiller à ce que la mentalité qu’on insuffle aux jeunes soit au centre des priorités. Sans ça, on ne peut pas former des joueurs mais aussi des hommes de qualité.

Après la riche carrière que vous avez eue et notamment un passage en Chine, où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis presque à la retraite (rires). Je n’entraîne plus depuis 2019 et mon passage chez les équipes de jeunes en Chine. C’était une expérience très intéressante que j’ai pu faire grâce à mon ami Christian Damiano qui était le Directeur Technique National au sein de la Fédération Chinoise. Ce fut aussi une remise en question pour moi, car j’ai changé de culture, de manière de voir les choses. C’est un autre football, assez éloigné de la culture européenne, avec encore beaucoup de choses à apprendre et avec toutes les difficultés qu’ils ont là-bas. Depuis la fin de cette expérience, j’avais quelques projets qui sont tombés à l’eau ces derniers mois en raison de la crise sanitaire. Je suis donc en stand-by, j’attends que tout se calme au niveau sanitaire pour finir tranquillement ma carrière. Je me donne encore deux ou trois années quelque part pour me faire plaisir.

Propos recueillis par Mathieu Lauricella

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